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Citation 11 - Paul Claudel

Extrait de Vézelay, préface aux photographies de Jean Roubier, 1948, Chalamel, Paris ; repris dans Œuvres en prose, Pléiade, Gallimard, p. 318-319.

Au IXe siècle, une délégation de préfets et de religieux vient prélever à Saint-Maximin de Provence, pour les soustraire aux Sarrasins, quelques-uns des ossements de sainte Madeleine. Ils les portent à cette basilique que le fameux Girard de Roussillon a édifiée au sommet de la colline de Vézelay. C'est là que l'Arche qui jadis apporta à travers la Méditerranée le groupe sacré de Béthanie, a trouvé pour toujours résidence. C'est là que j'ai contemplé un matin, historiant de sa silhouette le vaste fronton d'azur qui s'élève au-dessus d'un paysage unique. C'est là que saint Louis, avant de partir pour la suprême Croisade, vint contempler ce trésor d'où s'échappe, dit le chroniqueur, « une abondance de cheveux de femmes. »

Mais qu'est cette froide image, que sont ces débris sacrés par la Sainte abandonnés ici avec la poussière de ses sandales, quand nous n'aurons eu qu'à pousser cette lourde porte pour nous trouver au milieu même et à l'intérieur de la Madeleine, pour nous pénétrer autour de nous de cette âme lumineuse et respirable, de cette couleur blonde ? Nardi pistis, nous dit l'Évangile en parlant de ce parfum que dans la maison de Simon elle répandit sur les pieds du Sauveur et qu'elle essuya de ses cheveux. Pistis, en grec, c'est la foi : il s'agit d'un parfum acheté dans un vase scellé qui le conserve et qu'on achète sur la foi du fournisseur. Récipient de la piété. L'équivalent n'est-il pas ici, dans ces arcs romans de la voûte, l'alternance de cette pierre blanche [...] avec la pierre jaune de Tharoiseau, qui unit dans un dégagement de soie l'effluve d'une chair purifiée aux ardeurs de la chevelure ?

Le Maître est là et il t'appelle. Partout où est le Maître, comment la servante cesserait-elle d'être présente ? J'en crois cette faible teinte rose qui se manifeste çà et là, comme la couleur d'une joue animée par la surprise et par l'amour. Aux douves recourbées, pareilles aux couples d'un vaisseau, au membrage d'une forte châsse, qui soutiennent l'allée centrale, succède, et quelle blancheur éblouissante, le chœur vertical dans les plis de son aube gothique. Nulle couleur que cette émanation d'une myrrhe spirituelle dans le silence intense de la lumière. Et moi, je me tiens debout, et je regarde, et je prie au milieu de cet être blond !

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