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Ils ont écrit à Vézelay et parfois sur Vézelay

Petit- Rolland - Claudel

La fête de ce tympan, cette fête spirituelle d'une intensité qui dépasse tout autre enthousiasme, la tendresse de ces bras ouverts dans un geste qui est encore celui de la croix, mais plus aisé, plus libre, plus souverainement divin, toute cette miraculeuse beauté me confond et m'émerveille.

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Henri Petit (1900-1978) fut le premier écrivain à s'installer (de façon saisonnière) à Vézelay – en voisin : il est né à Avallon. Travaillant alors en Syrie, il prend pour habitude de passer l'été à la mi-pente du bourg, dans une vieille et grande maison fraîche. Penseur, moraliste plutôt que philosophe, essayiste dans la tradition française – celle de Montaigne et de Joubert -, critique littéraire, Petit mériterait d'être davantage connu. Cet ami d'André Chamson, de Louis Guilloux et de Jean Grenier a passé sa vie à essayer de dégager les fondements de notre classicisme, à peser les mérites respectifs de Descartes et de Pascal, des Jésuites et des Jansénistes, refusant d'exclure les uns au nom des autres. Sa première œuvre littéraire est un Vézelay (1927), texte de proximité écrit dans le lointain Beyrouth où Petit vivait alors. Alliant force et beauté, d'une haute tenue et d'une réelle inspiration, cet essai lyrique tend au poème en prose. Vézelay y apparaît comme une revendication d'exigence, de solitude et de silence. La description du Christ du tympan constitue le cœur vibrant du texte. Bien qu'agnostique, Dieu reste pour Petit un problème avec lequel il n'a jamais fini. Dès qu'il fut vézelien, Romain Rolland apprécia beaucoup la compagnie de cet homme discret, de ce penseur à l'écart des modes. Puis, en 1943, Petit disparut. Rolland s'enquit de son sort : l'écrivain était passé dans la résistance clandestine.

Romain Rolland (1866-1944) eut toute sa vie la passion de la musique (de Beethoven en particulier) et le culte des grands hommes. Il est l'auteur d'une œuvre foisonnante et variée : romans-fleuves (Jean-Christophe qui lui valut le Prix Nobel en 1915), drames historiques et philosophiques (Le Quatorze juillet, 1902), biographies (Vie de Michel-Ange, 1907 ; Vie de Tolstoï, 1911), ouvrages musicologiques (Musiciens d'autrefois ; Musiciens d'aujourd'hui, 1908), essais (Gandhi, 1924), sans parler de sa correspondance proliférante (avec Richard Strauss, Zweig, Hesse, Freud, Gandhi, Gorki, Claudel, etc.) et de son Journal encore inédit.

Quelle vision grandiose aurait pu être cette robuste cathédrale dominant la région !

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Je voudrais pouvoir, un jour, vous montrer le lieu le plus sacré de la colline de Vézelay – (mais il y faudrait un beau temps de printemps ou d'automne, et que je ne sois pas trop fatigué) : - c'est la Cordelle

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Son humanisme, son exigence jamais apaisée de justice le conduisirent à rechercher la paix « au-dessus de la mêlée » lors de la « grande boucherie » de 14-18. Cette position radicale le fit considérer comme un « traître » dans son pays ; il s'installa en Suisse, au bord du Léman. Son admiration pour Tolstoï, Gandhi et les philosophies de l'Inde fit de lui un apôtre de la non-violence. Puis, il soutint la politique de Staline, devint un « compagnon de route » influent du PCF, reconnut le caractère inévitable d'une confrontation violente avec le fascisme et l'hitlérisme. En 34, il avait épousé une jeune bolchevique de trente ans plus jeune que lui, Maria Koudacheva, qui lui fit connaître la réalité soviétique. Le Front Populaire le fêta, et c'est dans ce contexte qu'il rentra en France. Il s'installa en juin 38 à Vézelay, dans un paysage familier, étant né à Clamecy. À Vézelay, il s'éloigne de la politique, se « détache enfin des agitations de la fourmilière ». Personnalité incontournable, il y reçoit des visiteurs variés : Aragon, Thorez, la reine Élisabeth de Belgique, Vildrac, Claudel, Alphonse de Châteaubriant, Arcos, Bloch, Jeanne Mortier, etc., ainsi que tous les intellectuels présents alors à Vézelay (Petit, Badovici, Le Corbusier, Éluard, Bataille, ...). Il y termine Le Voyage intérieur (1942), ses Mémoires (1946) et met une touche finale à son Beethoven. Il écrit enfin son Péguy où il mêle réflexions et souvenirs personnels à propos de celui qui l'encouragea, le défendit et le publia dans ses Cahiers de la quinzaine. Il meurt à Vézelay le 30 décembre 44, après avoir pris froid en jouant, la nuit de Noël, la sonate opus 111 de Beethoven, œuvre dans laquelle il avait discerné « la plénitude de la paix [...], cette paix dans la lumière. » Il repose au cimetière de Brèves.

Son épouse Marie créa et anima inlassablement (jusqu'à son décès en 1985) le Centre Jean-Christophe, à Vézelay, qui recevait les étudiants du monde entier désireux d'approfondir l'œuvre et la pensée de Romain Rolland.

Au IXe siècle, une délégation de préfets et de religieux vient prélever à Saint-Maximin de Provence, pour les soustraire aux Sarrasins, quelques-uns des ossements de sainte Madeleine.

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Quelle comparaison employer pour décrire cette France soulevée qui, de tous les horizons, a l'air d'affluer vague à vague, motte à motte, d'accourir vers nous pour écouter tout un peuple comme des gens qui pour mieux comprendre, se donnent la main.

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En avril 1940, le grand poète catholique Paul Claudel vint à Vézelay et passa cinq jours chez Romain Rolland, son ancien condisciple de Louis Le Grand avec lequel il venait de renouer. Il avait dans l'idée de mettre à l'abri en province Rosalie Scibor-Rylska, son ancienne passion de Chine (et le modèle de l'Ysé du Partage de Midi), ainsi que la fille qui en était née, Louise Vetch. Il ne s'agissait plus que de convaincre le couple Rolland de les accueillir chez eux. Claudel comptait sur l'appui de Marie Rolland qu'il venait de convertir. Il aspirait également à faire rentrer dans le giron de l'Église l'auteur de Colas Breugnon... La correspondance entre les deux écrivains témoigne de l'intensité spirituelle de leurs échanges. Rosalie et Louise arrivèrent à Vézelay en juin, en pleine débâcle, et ne rentrèrent à Paris qu'en novembre. Claudel revint visiter Rolland, malade, en avril 43.

Après la Libération, Rosalie, puis Louise, habitèrent Vézelay, dans l'ombre de la pécheresse aux longs cheveux. Claudel avait donc plusieurs raisons d'être attaché à ce lieu. En 1948, une préface à un livre de photographies de Vézelay lui donna l'occasion de multiplier les images poétiques en l'honneur de la blondeur de la basilique. Après sa mort, Le Monde de Vézelay (1967) réunissait, par les soins avisés des éditions Zodiaque, des photos de la Madeleine et des textes de lui, textes et images s'enchaînant pour former un splendide poème visuel.

Rosalie mourut en 1951. La stèle de sa tombe du cimetière de Vézelay s'orne d'une des Cent phrases pour éventail de son illustre amant :

       Seule
       la rose
est assez fragile
pour exprimer
   l'Éternité.

Badovici – Le Corbusier – Zervos – Éluard – Char - Sczcupak

Jean Badovici (1893-1956), architecte d'origine roumaine, arriva à Vézelay en 1926 pour y rénover la maison du peintre Yves Renaudin. Il se prit au jeu et acheta pour lui-même plusieurs maisons anciennes qu'il mit au goût du jour selon les critères de l'architecture internationale de ces années-là. Celle dont il fit sa demeure, rue de l'Argenterie, fut décorée de peintures murales par Fernand Léger (désormais au Musée Zervos/Maison Romain Rolland) et Le Corbusier. Quatre courts poèmes - de Jean Follain, Pierre Guéguen et Paul Éluard (deux) - ornaient également le badigeon des murs.

Mais faut-il pour autant considérer Badovici comme un écrivain ? Ceux qui posent cette question doivent lire « De l'éclectisme au doute », dialogue – dans la lignée de l'Eupalinos de Paul Valéry – qu'il publia en introduction aux plans, photos et documents de la maison de bord de mer construite avec Eileen Grey à Roquebrune-cap-Martin (la fameuse E1027) : « Mais la technique n'est pas tout. Elle n'est que le moyen. Il faut construire pour l'homme, qu'il retrouve dans la construction architecturale la joie de se sentir lui-même, comme en un tout qui le prolonge et le complète. Que les meubles mêmes, perdant leur individualité propre, se fondent dans l'ensemble architectural ! » (texte signé avec Eileen Gray)

Badovici construisit très peu, mais eut une activité d'éditeur. Avec L'Architecture vivante (1923-1933), il donna à la revue d'architecture sa forme moderne, pour la France du moins. De numéro en numéro, il y écrivit l'interminable dialogue (qui mériterait d'être publié) opposant un individu rationnel et un artiste sensible. De 1927 à 1936, il édita le premier catalogue des œuvres de Le Corbusier et Pierre Jeanneret. Par ailleurs, ce brillant causeur fit venir à Vézelay Eileen Grey, les Zervos, Jean Follain, Pierre Guéguen, Le Corbusier, Fernand Léger, etc. Rien de moins !

Voici bientôt deux mois que je demeure à Vézelay, allant pas à pas, par une saison détestable, de seuil à seuil, de pignon à pignon, et de plus en plus je ressens l'harmonie qui lie toutes choses.

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À partir de 1935, conséquence de la crise, Le Corbusier (1887-1965) construisit beaucoup moins. Il réorienta son activité vers la réflexion, l'écriture et la peinture. C'est dans ce contexte qu'en 1937 il réalisa une peinture murale (Deux Baigneuses) dans la maison vézelienne de son ami Badovici. Il fit la connaissance de Raoul Simon, peintre décorateur local, qu'il fera travailler pour lui à diverses reprises.

La guerre venue, il vint mettre à l'abri à Vézelay sa femme Yvonne. Dans la maison de la mère de Raoul Simon, Le Corbusier écrivit Sur les quatre routes (« Fini d'écrire à Vézelay, novembre 1939 » et publié en 1941). Ce livre marque à la fois une évolution (accentuation de la préoccupation urbanistique) et une rupture avec les fameux cinq points de l'architecture moderne qu'il avait définis en 1927. En effet, Le Corbusier y plaide pour une architecture enracinée à la fois dans le temps et dans le terroir. À Vézelay, il ne s'intéresse pas à la basilique, mais aux maisons du village, vantant les qualités humaines de leurs bâtisseurs, modestes maçons et architectes locaux.

L'architecte multiplia ensuite les allers et venues entre Vézelay et Vichy où il espérait trouver des appuis pour ses projets. Il renonça en juillet 42. Il semble être à nouveau à Vézelay en 1943 où il peint, écrit, et se brouille avec Zervos qui lui reproche ses compromissions avec Vichy.

D'origine grecque et de formation philosophique, Christian Zervos (1889-1970) fonda en 1926 la revue Cahiers d'art qui fit connaître, jusqu'à sa disparition en 1960, l'avant-garde artistique européenne. Pour Cahiers d'art Zervos était à peu près tout : l'éditeur, le directeur de publication, le rédacteur en chef, le maquettiste et le principal contributeur (avec près de 200 articles et comptes rendus d'expositions). Parallèlement, il édita des monographies d'artistes et des livres de poésie (L'Air de l'eau de Breton illustré par Giacometti ; La Barre d'appui d'Éluard/Picasso). Sa femme Yvonne (1905-1970) transforma en galerie d'exposition le siège des éditions situé rue du Dragon, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, à Paris.

Les années 30 furent la grande époque de la revue, avec des numéros prestigieux et des collaborateurs issus de l'avant-garde littéraire (Tzara, Breton, Éluard). En 1933, Zervos publia le premier volume de son catalogue Picasso qui en comportera trente-trois. Exceptionnelles furent les années 36-39, période où Picasso, Éluard et les Zervos étaient intimes. Les Zervos interrompirent leurs activités de 40 à 44.

Après la guerre, Zervos se détourna progressivement de l'art contemporain pour entreprendre une série de livres archéologiques sur le monde méditerranéen (La Civilisation de la Sardaigne, 1954 ; L'Art des Cyclades, 1957). Yvonne Zervos organisa deux expositions mémorables au Palais des Papes d'Avignon : celle de 1947 (Peintures et Sculptures contemporaines) et l'exposition Picasso de l'été 70.

En 1937, les Zervos avaient acheté une petite maison à Vézelay, dans le hameau de la Goulotte, en lisière de forêt. Ils l'agrandirent progressivement en fonction de leurs besoins. Ils y reçurent Picasso, Léger, Fernandez, Éluard, Char, Roberta Gonzalez, Domela, Boyan, etc. Résidence estivale destinée à accueillir les amis, elle devint pendant la guerre un lieu de refuge pour les Zervos, certains membres de leurs familles, quelques amis proches. En 1942, Zervos date et signe de Vézelay la préface au second volume du Catalogue Picasso.

À sa mort, Christian Zervos léguait tous ses biens à la commune de Vézelay, à charge pour elle de créer une « fondation Yvonne Zervos » dans sa maison. Le musée Zervos n'ouvrit (dans la demeure de Romain Rolland) qu'en 2006.

« Unis pour l'art pour l'éternité », les Zervos reposent dans le vieux cimetière de Vézelay.

Paul Éluard (1895-1952) participa activement à la mutation du dadaïsme en surréalisme. Ses recueils majeurs (Mourir de ne pas mourir, Capitale de la douleur) sont autant de contributions fondamentales à la nouvelle esthétique. Poète d'images, il privilégia toujours la vue : « la vue est patrie parfaite ». Son amour pour la peinture fit de lui un collectionneur averti et un auteur de textes inspirés par les peintres (notamment Picasso à partir de 1935) et leurs œuvres. Il réalisa de nombreux ouvrages avec des artistes, reconnus ou pas.

Pendant la guerre, Zervos devint l'un de ses éditeurs, publiant Le Livre ouvert (octobre 1940) et Le Livre ouvert II (janvier 1942), recueil dédié à Picasso, « ami sublime ». Paul et Nusch Éluard vinrent à Vézelay en septembre 41 et y séjournèrent du 15 janvier au 15 mars 42, tantôt chez les Zervos, tantôt à l'Hôtel du Cheval blanc. Selon une légende propagée par les Zervos eux-mêmes, le poème « Une seule pensée » (publié en juin 42 par Max-Pol Fouchet dans sa revue Fontaine, à Alger), devenu « Liberté », aurait été écrit à Vézelay. L'engagement du poète dans la Résistance conduisit les Zervos à faire de même. Le premier acte fut la publication par Zervos (sans nom d'éditeur ni achevé d'imprimer) de La Dernière nuit, suite de sept poèmes de résistance d'Éluard tirée à 65 exemplaires sous un frontispice dessiné et gravé par Henri Laurens. Ensuite, les Zervos cachèrent le couple Éluard dans leur hôtel particulier de la rue du Bac à Paris.

En octobre 1946, après la mort de Nusch, Zervos publia Le Temps déborde, hommage du poète à sa compagne illustré de photographies de Dora Maar et de Man Ray. Devenu stalinien, Éluard s'éloigna ensuite du cercle des Zervos.

Issu du surréalisme et particulièrement lié à Éluard, René Char (1907-1988) a participé à la Résistance, les armes à la main, en Provence, sa région natale. Après la Libération, il occupa à Cahiers d'art la place laissée libre par le retrait d'Éluard, devenant une sorte de directeur littéraire officieux. En 1947, il co-organisa en Avignon la semaine d'art (avec Jean Vilar) et l'exposition (avec les Zervos), prémisses du Festival d'Avignon. Il vint plusieurs fois à Vézelay retrouver Yvonne Zervos à qui le liait une complicité amoureuse qui s'épanouit dans les manuscrits enluminés réalisés avec des artistes suggérés par Yvonne. Il écrivit (au moins) deux poèmes à la Goulotte : « Un oiseau » et « Pénombre » (lors d'un séjour en mai 48).

Yvette Szczupak-Thomas (1929-2003), la fillette de l'Assistance Publique que les Zervos avaient recueillie (mais non adoptée), raconta tardivement dans Un diamant brut (2008) les années 1942-1949 passées auprès des Zervos, tant à Vézelay qu'à Paris.

Bataille – Fardoulis-Lagrange - Pimpaneau

Pour Georges Bataille (1897-1962) la littérature n'est rien si elle n'est pas « la mise en question (à l'épreuve), dans la fièvre et l'angoisse, de ce qu'un homme sait du fait d'être ». Chartiste, bibliothécaire à la Nationale, son œuvre publiée, jusqu'à L'Expérience intérieure (1943), se réduit à quelques articles paradoxaux et à des textes érotiques publiés sous pseudonymes (Histoire de l'œil, 1928 ; Madame Edwarda, 1941). Écrit en 35, son roman Le Bleu du ciel ne paraîtra qu'en 56. Mais, lorsqu'il arrive à Vézelay, il a animé quelques revues marquantes (Documents, La Critique sociale, Acéphale) et a été l'initiateur de regroupements d'intellectuels : Contre-Attaque (avec Breton) contre le fascisme, le Collège de Sociologie et Acéphale (avec Caillois et Klossowski) pour revisiter et revivifier le sacré. Breton ne s'était pas trompé d'adversaire en l'attaquant violemment dans son Second Manifeste du Surréalisme (1929). Pas plus que Sartre qui tenta à son tour de l'abattre en 43.

Tuberculeux, en congé de longue maladie, il arrive à Vézelay en mars 43. Il y poursuit son « expérience intérieure » consistant à « mettre la vie (c'est-à-dire le possible) à hauteur de l'impossible ». Il y écrit la fin du Coupable (1944) qui proclame « la divinité du rire » ainsi que les poèmes de L'Archangélique (1944) qui vont jusqu'à la limite de la poésie. Il se promène dans la profondeur des bois alentour. Il reçoit Lacan, Éluard, Limbour et rencontre Diane qui deviendra sa compagne puis son épouse. Il quitte Vézelay en octobre 43. Mais il y revient en mai 45, en congé sans solde, et pensant pouvoir y vivre de sa plume. Ce fut une période extrêmement féconde. À Vézelay, il fonde la revue Critique qui prétend décloisonner les savoirs, écrit Méthode de méditation (que publie Max-Pol Fouchet aux éditions Fontaine), L'Alleluiah, Histoire de rats, Haine de la poésie, Théorie de la religion. Il y termine La Part maudite, livre d' « économie générale » commencé dès 1933, qui développe sa conception du monde comme « ébullition ». Giacometti, Balthus, Merleau-Ponty et nombre de collaborateurs de Critique lui rendent visite. En 1949, la naissance de sa seconde fille le conduit à redevenir bibliothécaire. Il quitte Vézelay pour Carpentras, puis pour Orléans. Mais, ayant conservé en location la petite maison grise de la place du Grand Puits, il revient à Vézelay, l'été principalement.

Son écriture fiévreuse a quelque chose de haletant. Son œuvre peut paraître à première vue décousue : il n'en est rien. En fait, Bataille emprunta au marxisme, à la psychanalyse, à la sociologie, à la philosophie de Hegel et de Nietzsche pour tenter de déployer une sorte d' « histoire universelle » en plusieurs volumes (Lascaux, 1955 ; Manet, 1955 ; La Littérature et le mal, 1957 ; L'Érotisme, 1957 ; Le Procès de Gilles de Rais, 1959 ; Les Larmes d'Éros, 1961) fondée sur les notions d'érotisme et de transgression.

À partir de la publication de ses Œuvres complètes (commencée en 70), on mesura l'ampleur et l'ambition de son œuvre, au carrefour de la littérature et de la philosophie. « Je dirais volontiers que ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir brouillé les cartes... c'est-à-dire d'avoir associé la façon de rire la plus turbulente et la plus choquante, la plus scandaleuse, avec l'esprit religieux le plus profond. » Il a profondément renouvelé notre vision du monde.

Nue, ascétique, sa tombe est la plus visitée du cimetière.

En avril 1943, Michel Fardoulis-Lagrange (1910-1984), clandestin, trouva refuge à Vézelay chez Bataille. Il y resta jusqu'en juin et y acheva son troisième livre Le Grand objet extérieur (1948). Ce texte inclassable met en scène une famille, dont les membres sont les descendants apaisés des Atrides confrontés à l'extériorité énigmatique du réel. Après la guerre, Fardoulis-Lagrange publia Bataille dans sa revue Troisième Convoi et lui consacra un livre (Un ami présomptueux, 1969).

Jacques Pimpaneau (né en 1934) dirigea en 1957 le numéro de la revue La Ciguë en hommage à Bataille. Il devint un intime de l'écrivain, assista seul à son agonie et fut des cinq personnes qui participèrent à son enterrement. Il passa ensuite plusieurs étés dans la maison vézelienne des Bataille avant de s'installer dans les environs. Sinologue, traducteur du chinois classique, professeur à l'Inalco, il s'est longtemps occupé de la collection Kwok On d'art populaire asiatique (marionnettes et instruments de musique). En 1969, il associa Diane Bataille à la publication d'un livre collectif sur l'art d'aimer en Chine (Jeux des nuages et de la pluie).

Fouchet - Gautier

Né un 1er mai place de la République, Max-Pol Fouchet (1913-1980) fut baptisé de manière laïque avec une goutte de calvados, sur un bateau de son père, entre la France de la Révolution de 89 et l'Angleterre des Droits de l'homme. Il essaya d'incarner ces valeurs symboliques dans sa vie et dans son œuvre.

D'origine normande, il arriva en 1923 à Alger où son père mourut des suites de la Grande Guerre. En 1930, il fonda la Fédération des Jeunesses Socialistes d'Algérie, se lia avec Camus, mais leur amitié ne résista pas à la rivalité amoureuse. Il publia ses premiers poèmes et fonda, en 39, Fontaine qui deviendra « la revue de la résistance en pleine lumière ». Il y publia Aragon, Clancier, Daumal, Éluard, Jouve, etc. À la Libération, il vint à Paris poursuivre l'aventure éditoriale, mais dut renoncer fin 47. Il explora ensuite diverses voies : enseignement à l'étranger, archéologie au Mexique (Terres indiennes, 1956), en Inde (L'Art amoureux des Indes, 1957), en Nubie (Nubie, splendeur sauvée, 1965), ethnologie en Afrique noire (Les Peuples nus, 1953), critique littéraire (Les Appels, 1967), critique et histoire de l'art (Bissière, 1956 ; Lire Rembrandt, 1970), qui conduisent à des livres divers ayant tous le même fil conducteur : l'homme. Sa participation à Lectures pour tous, sa série télévisée Terre des arts montrent ses qualités éminentes de « passeur » et firent de lui une figure extrêmement populaire. Très engagé en mai 68, il dut quitter la télévision et se replier sur la radio (Journal musical d'un écrivain sur RTL).

À Vézelay, les vieux murs épais de la maison m'écoutent sans que je parle, et j'entends leur parole de silence.

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Je me souviens d'un jour où Vézelay était entouré d'une brume qui n'atteignait pas le sommet de la butte, si bien que la colline sacrée était semblable à une île.

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En 1957, après un accident de piste au Cameroun, il passa sa convalescence à Vézelay, chez son amie Marie-Madeleine Gautier, connue à Alger, et y acheta une vieille et solide maison. Il y vint de plus en plus fréquemment au fil des ans, pour y travailler, loin du tohu-bohu médiatique, sans négliger de participer à la vie municipale. Il y écrivit les nouvelles composant Les Évidences secrètes (1972), son unique roman, La Rencontre de Santa Cruz (1976) et ses deux derniers ouvrages (La Relevée des herbes et Histoires pour dire autre chose, 1980). Certaines nouvelles, comme « La Beauté du Monde » dans Les Évidences secrètes, ont Vézelay pour cadre. À Vézelay, il était Hamlet à Elseneur (citation). Il avait soigneusement choisi l'emplacement de sa tombe au cimetière ; sa compagne Marguerite en fit la plus fleurie.

Homme de médias davantage qu'écrivain stricto sensu, Blaise Gautier (1930-1992) fut à Radio-Alger un très jeune speaker et lecteur de poèmes, tandis que son père parlait à la BBC (Les Français parlent aux Français). En 1960, il entre au Service de la Recherche de Pierre Schaeffer (RTF). Gaëtan Picon, dont il est proche, le nomma secrétaire de rédaction du Mercure de France (de 63 jusqu'à la disparition de la revue en 65). Puis il participa à la fondation du Centre national d'art contemporain (voulu par Malraux) et en fut le directeur de 1968 à 1978. Il y créa la collection « cnacarchives », des catalogues d'exposition d'un genre nouveau, écrivit sur Dubuffet, Pol Bury, Sanejouand, Hélion, etc. Après le rattachement du Cnac au Musée National d'Art Moderne, il anima La Revue Parlée qui, jusqu'en 1992, proposa dans le sous-sol de Beaubourg plus de 900 rencontres avec des écrivains, des artistes, des éditeurs, etc. Les Cahiers pour un temps pérennisaient par l'imprimé les principales manifestations autour de figures singulières du XXe siècle (Caillois, Dumézil, Klossowski, etc). Après la disparition des Zervos, il organisa l'Hommage qui leur fut rendu au Grand Palais. À Vézelay, place du Grand Puits (« les moines cherchèrent très loin l'eau sans que jamais elle y sourçât » écrivait-il), il habitait la maison de sa mère Marie-Madeleine, ancienne comédienne de la troupe de Jacques Copeau. Il y reçut de nombreux écrivains et artistes, sans négliger pour autant le jardinage, sa passion.

Clavel – Defert – Jules et Tatiana Roy – de la Héronnière

Normalien, résistant, Maurice Clavel (1920-1979) participa à la libération de Chartres et y accueillit le général de Gaulle. Après la guerre, il écrivit des scénarios pour le cinéma et des pièces de théâtre mises en scène par Vilar (Terrasse de midi en 47 en Avignon) qui le nomma secrétaire général du TNP. En 1955, faute de succès, il abandonna le théâtre, devint journaliste à Combat et prit un poste d'enseignant. Il retrouva la foi catholique de son enfance en 65 et s'éloigna de de Gaulle lors de l'affaire Ben Barka. Il entra alors au Nouvel Observateur où il dénonça violemment la déliquescence du pouvoir gaulliste. Mai 68 radicalisa ses positions : les « événements » sont pour lui le « soulèvement de la vie ». Il fréquenta les milieux maoïstes, fonda avec Sartre l'agence de presse Libération puis, en 73, le quotidien du même nom. En décembre 71, il quitta le plateau de l'émission À armes égales en lançant son fameux : « Messieurs les censeurs, bonsoir ! ». Il obtint le Prix Médicis en 72 pour son roman Le Tiers des étoiles.

Il est alors une figure majeure de la contestation, du gauchisme ; majeure, mais contradictoire (ambiguë pour certains), puisqu'il soutient par ailleurs les juifs face aux Palestiniens et condamne, avec le Pape Jean Paul II qu'il admire, l'avortement et la « révolution sexuelle ». Il sait très bien utiliser les médias au profit de ses idées et des causes qu'il défend.

Séduit par Vézelay en 72, il y chercha une maison, mais ne s'installa à Asquins, avec sa famille, qu'à l'automne 75. Son arrivée à Asquins coïncidait avec son éloignement du gauchisme, l'approfondissement de sa foi et son retour à Kant. Il y écrivit Dieu est dieu, nom de Dieu ! (1976), livre qui suscita des réactions soit d'enthousiasme soit de rejet haineux. Son ancien élève Bernard Henri-Lévy lui fit connaître Guy Lardreau et Christian Jambet (alors professeurs de philosophie à Auxerre) qui venaient de publier L'Ange. Clavel soutint le livre avec une petite communauté de jeunes philosophes qui, peu à peu, formèrent le groupe des Nouveaux philosophes. Plusieurs de leurs réunions eurent lieu à Asquins. Lors de l'émission La Part de vérité (TF1, 7 juillet 77), Clavel résuma ses objectifs : « Hâter le soulèvement de la vie et libérer la liberté ». Abattu par une crise cardiaque en plein travail, il est enterré à Vézelay où une formule de saint Luc orne sa tombe : « Je te remercie, ô Père, d'avoir caché ces choses aux docteurs et aux sages et de les avoir révélées aux humbles et aux petits. »

Asquins semble posséder une véritable spécificité philosophique. Outre Clavel, il faut mentionner la présence du philosophe Daniel Defert(né en 1937), un enfant du pays. Il y vint parfois avec son compagnon Michel Foucault. Clavel les entraîna avec lui à la Cordelle. À la mort de Foucault, Defert créa AIDES, première association française contre le sida. Il publia les Dits et Écrits de Foucault. Son œuvre personnelle est consacrée à la naissance des sciences sociales comme discipline universitaire, au voyage ethnographique et aux problèmes de santé publique.

Sans Vézelay, le monde perdrait une lumière, l'Europe un de ses hauts lieux, et nous, petit peuple de Dieu ?

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Touché par un miracle que j'appellerai naturel, j'éprouve ce que, depuis le Moyen Âge, des millions de pèlerins ont ressenti devant Marie-Madeleine, sœur de Marthe et de Lazare, créature charnelle et vivante proie de l'amour, qui versa sur les pieds du Christ son fameux parfum dont les pignoufs d'alors lui reprochèrent le prix.

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Jules Roy (1907-2000) aimait se présenter comme un « rebelle », un « barbare » ; il mit un point d'honneur à rester fidèle à cette image de lui. Fils naturel né en Algérie - en pleine Mitidja -, il était profondément attaché à sa terre natale. À Alger, il fit les rencontres déterminantes de Camus et d'Amrouche. Maurassien, il embrasse la carrière militaire et devient aviateur. Il croise Saint-Exupéry dans le sud algérien en 42 et décide aussitôt de rejoindre Londres et de devenir aviateur-écrivain. Il participe aux bombardements de la Ruhr, épisode qu'il raconte dans La Vallée heureuse (1946, Prix Renaudot). En 1953, en désaccord avec les méthodes utilisées en Indochine, il démissionne de l'armée. Devant désormais vivre de sa plume, il devient journaliste (à France Observateur devenu Le Nouvel Observateur) et publie des œuvres diverses : pièces (Le Fleuve rouge, 1957), récits (L'Amour fauve, 1971), romans (Les Chevaux du soleil sur son enfance algérienne, 1967-1975), biographies (Guynemer, l'ange de la mort, 1986), essais (Passion et mort de Saint-Exupéry), poèmes.

Après avoir longtemps tourné autour de Vézelay, il s'installa en 1978 dans la grande maison du Clos du couvent. Il eut juste le temps de s'y lier avec Max-Pol Fouchet qu'il n'avait pas connu à Alger. Vézelay devint pour lui une passion qu'il exprima de façon lyrique dans son Journal, ses Mémoires barbares (1989), dans Rostropovitch, Gainsbourg et Dieu (1991) ainsi que dans deux ouvrages spécifiques : Vézelay ou l'amour fou (1990) et Vézelay : Guide sentimental (1995). Il rendait à Marie-Madeleine un véritable culte, l'appelait Mademoiselle et lui adressa une Prière sous forme de poème (1984).

Sa femme Tatiana, d'origine russe, est l'auteure de poèmes (Pour attendre l'éternité, 1972) et de récits (L'Âne sur la colline, 2002).

Voilà trente ans que je suis (à ma manière) un pèlerin de Vézelay. Ce que j'y cherche n'est pas précisément de l'ordre de la prière bien que tout soit offrande dans l'accord du monde et des hommes.

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Le couple reçut de nombreux visiteurs, dont François Mitterrand, amoureux de Vézelay comme de plusieurs hauts-lieux bourguignons : Solutré, Bibracte. (citation)

Le Conseil Général de l'Yonne, ayant acquis le Clos du couvent, en a fait un lieu de mémoire et de résidence d'écrivains. Certain(e)s résident(e)s ont choisi d'écrire sur Vézelay, perpétuant ainsi sa réputation littéraire : Maria Maïlat (Silences en Bourgogne, 2004), Olympia Alberti (Là où la lumière chute, et quelques arbres, 2007), Léo Divendal (Suite vézelienne, 2009), etc.

J'aime voir la ville de loin. J'ai mon point de vue. Il est unique. De loin, l'intimité échappe aux pesanteurs. La distance me fait grâce de l'inutile dont la connaissance était nécessaire. De loin, on se détache forcément.

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Édith de la Héronnière est arrivée à Vézelay au début des années 70, à l'occasion des Journées Teilhard de Chardin organisées par Jeanne Mortier. Depuis, elle y a séjourné longuement, y a acheté une maison. Philosophe, élève de Jankélévitch, elle est l'auteure d'une œuvre variée : récits (La Ballade des pèlerins, 1993), essais biographiques sur Teilhard (1999) et sur Joë Bousquet (2006), essai (Le Labyrinthe de jardin ou l'art de l'égarement, 2009), proses poétiques (Guerres, 2003). Liée à Maurice Clavel et à Jules Roy, son style est aux antipodes de ces deux écrivains : tout en délicatesse. Elle a consacré deux livres à Vézelay. Dans Vézelay, l'esprit du lieu (2000) elle développe sa vision personnelle en sept chapitres correspondant aux sept portes du village (citation). Pour elle, Vézelay est un « haut lieu (qui) déjoue les provincialismes, les régionalismes et les nationalismes. Son sens est accessible à tous. Sa langue est celle des peuples et non d'un peuple : elle tient du miracle pour l'intelligence que chacun peut en avoir, au-delà des limites et des handicaps particuliers, tout comme les chefs-d'œuvre littéraires. » Dans Histoires lapidaires (2007), elle propose la lecture poétique d'une quarantaine de chapiteaux de la basilique comme autant d'invitations à regarder attentivement.

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