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La ville. Les constructions

Comme nous l'avons vu, trois éléments donnent les clés de la lecture du paysage : l'abbaye , par laquelle et pour laquelle le village s'est bâti, avec la basilique "dont la silhouette se découpe, longue et basse, sur le ciel, non point debout pour la prière, mais couchée comme un gisant dans le sommeil immobile" (in La Madeleine de Vézelay, Francis Salet, 1948, Librairie d'Argences). Elle est flanquée au nord par la barre toute simple des maisons du Chapitre et accompagnée au sud par la belle maison dite du Doyenné, et ses grands marronniers.

phoca_thumb_m_vezelay-juilletLa succession des murs et des toits le long de l'épine dorsale que constitue la rue principale, ponctuée de quelques éléments forts qui la jalonnent, la tour de l'Horloge, clocher de l'église Saint-Pierre disparue, la masse de l'école Saint-Bernard devenue un temps hôtel de ville (auj. centre d'accueil monastique) et sa couverture d'ardoises, la haute toiture de la maison Théodore de Bèze, l'église Saint-Étienne enfin, en son point bas.

La ceinture des remparts, délimitant précisément la ville sur son socle, avec sa partie nord noyée dans la végétation des grands arbres qui l'accompagnent, et la partie sud toute minérale, que les façades et les pignons des maisons viennent coiffer directement.

Il faut absolument abandonner cette fausse idée qui traîne ici et là et jusque dans l'usage abusif de l'alphabet gothique, d'une "cité médiévale". Certes au Moyen Âge, Vézelay a été une ville importante. Mais chaque siècle a apporté son lot de constructions, de démolitions et de reconstructions. Le plus souvent un bâtiment est constitué d'ensembles juxtaposés datant d'époques diverses, résultat de transformations et d'adaptations successives avec souvent des ouvertures anciennes rebouchées ou des remplois parfois inattendus d'éléments plus anciens (un linteau de baie géminée médiévale peut servir, retourné, de linteau droit d'une baie rectangulaire percée ultérieurement...). L'aspect actuel de ce village est celui que nous a légué le XIXe siècle, à quelques détails près. Mais cet ensemble est d'une telle cohérence qu'il s'en dégage une impression d'harmonie parfaite ressentie par tous.

Sans que cette énumération se prétende exhaustive, parcourons cependant les siècles passés :


cour_romaineÉpoque romane
 - De nombreuses caves existent, dont certaines sont parfois de dimensions imposantes. Elles sont accessibles par de larges escaliers de pierre débouchant directement sur la rue. Elles sont souvent en partie taillées directement dans le roc, dallées de pierre, couvertes en berceaux ou en voûtes d'arête reposant sur de beaux piliers avec base et chapiteau, parfois comportant encore des cheminées. On pense qu'elles servaient de lieux d'hébergement pour les nombreux pèlerins. Le plan du Vézelay souterrain reste à faire, et il apporterait certainement des enseignements précieux sur l'histoire de l'urbanisme de la cité.

Plusieurs façades sont d'époque romane. Elles sont montées en pierres de grandes dimensions, avec des joints fins et bien ajustés, des finesses de taille des parements pour suivre des inflexions subtiles d'alignement, des vestiges de baies cintrées au niveau de la rue, des cordons horizontaux et des baies géminées en étage. Elles desservent souvent des bâtiments remaniés à des époques ultérieures.

DSCN0913Quelques constructions subsistent de façon plus complète, comme la maison située à l'angle de la rue du Couvent et la rue de l'Hôpital, devenue aujourd'hui lieu de culte orthodoxe ; ou encore l'ancienne dépendance du couvent des Ursulines, devenue à une certaine époque temple protestant, à l'angle de la rue des Écoles et de la rue des Ursulines ; et aussi les vestiges de l'église Saint-Étienne, au départ de la rue principale à la porte du Barle. 

Quelques escaliers droits très étroits, pris dans l'épaisseur des murs, avec dalles rampantes en couverture, permettent d'accéder par l'intérieur à des locaux en sous-sol accessibles par la rue.

caballusÉpoque gothique - Dans leur partie nord-ouest, les portions de remparts constitués de murailles très épaisses (1,5 à 2,5 m d'épaisseur), jalonnés de tours rondes, et surtout la Porte Neuve et son ouvrage avancé, datent essentiellement de la fin du XIVe siècle.

Quelques portions d'immeubles possèdent des façades, quelques baies, des salles voûtées et des cheminées, comme celles de lʼancienne infirmerie en haut de la rue Saint-Pierre (hôtel Cabalus) avec sa petite porte sur rue avec sa pierre mentionnant le passage de Louis VII, dit "le Jeune", et encore un peu plus bas, la salle que l'on appelle "salle gothique", dans une annexe de la mairie.

 

maisontheodore_de_bzeD'époque Renaissance, il faut mentionner la façade sur rue de l'hôtel Gaillon, en face de la mairie, avec sur la rue son élégante tour en encorbellement abritant un escalier à vis, et deux magnifiques façades : celle de la maison où est né Théodore de Bèze, qui comporte dans la cour intérieure une belle tourelle d'escalier et une galerie à l'étage en pan de bois reliant deux corps de bâtiment et, un peu plus haut, celle de la maison des Colomb où sʼinscrit sur le pourtour des baies en anse de panier, la devise des propriétaires : " Comme colombe humble et simple seray et à mon nom mes mœurs conformeray "; cependant que la traduction latine de cette devise surmonte la porte voisine " Conveniant rebus nomina faxo suis " avec cette recommandation supplémentaire pleine de sagesse " Non quantum, sed bene" qui peut se traduire ainsi : " Non pas en quantité, mais de bonne qualité ".

 mairieÉpoque classique, fin XVIe et XVIIe siècles - Il faut principalement mentionner l'hôtel Friant, qui était sur place l'intendant du maréchal de Vauban, seigneur de l'élection de Vézelay. On y trouve un bel escalier, des cheminées aux proportions importantes ainsi que des décors de tapisseries et une mise en couleur des plafonds qui datent du XIXe siècle, époque où la maison était devenue la propriété du maire de l'époque, Monsieur Borot, dont la veuve légua l'édifice à la ville pour en faire la mairie. De même, la maison du comte Jules Desfourneaux, rue des Bochards, comporte une belle façade (et des caves romanes ). 

XVIIIe siècle. - Plusieurs demeures de cette époque comportent toujours leurs cheminées de pierres, leur décor de fines boiseries sculptées d'origine et leurs escaliers :

• La série des cinq maisons accolées et toutes semblables des maisons du Chapitre, construites pour les chanoines de l'abbaye;

• la maison de René Martin, devenue aujourd'hui hôtel des Glycines;

pontot• le Pontot, ancien presbytère de l'Église Saint-Pierre,dont deux arches enjambent la rue des Écoles pour donner accès à une magnifique terrasse dallée édifiée sur trois niveaux de caves;

• l'ancien Collège de garçons, aujourd'hui maison Saint-Bernard, devenu à la Révolution hôtel de ville. Une très belle boiserie de cette époque portant lʼemblème de la royauté à lʼépoque de la constitution de 1791 a pu être déposée et remontée dans la salle du Conseil de l'actuelle mairie;

• l'ancien hôtel de la Maréchaussée aujourd'hui devenu la poste.

• Beaucoup d'autres éléments de cette époque se trouvent dans des maisons réparties en ville.

XIXe siècle. - La plupart des maisons présentent les caractéristiques homogènes des constructions rurales de la région. À noter deux exceptions d'un style néo-gothique à la mode à la fin du siècle, une petite façade dans la rue Saint-Étienne, et une autre, rue du Corps-de-Garde, accolée à la Porte Neuve, transformée par un architecte parent et collaborateur d'Eugène Viollet-le-Duc

goulotte_belleXXe siècle. - Il faut mentionner plusieurs modifications de façades et de décors intérieurs dans des maisons, rue du Crot, rue de l'Argenterie, rue de la Porte-Neuve, dues à l'architecte Jean Badovici, membre des CIAM et ami de Le Corbusier qu'il attira à Vézelay dans les années quarante.

Conclusion provisoire

Ce survol de l'architecture de Vézelay ne prétend évidemment pas constituer une étude complète et définitive. Vézelay a la chance et la malchance à la fois d'être un haut lieu de renommée mondiale (900 000 visiteurs chaque année, ou plus...) et un tout petit village d'environ 400 habitants. Le décor que nous avons analysé est menacé. Les foules qui débarquent, concentrées sur quelques semaines et même quelques jours de l'année, risquent de détruire ou en tous cas d'altérer sérieusement ce que précisément elles sont venues admirer.

Puisse la mémoire préservée de ce patrimoine, mise en valeur, et qui doit être enrichie par de nouvelles recherches, servir de tremplin pour imaginer un avenir digne de ce lieu exceptionnel.

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