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La maison Renaudin

La maison Renaudin

badi_et_graySituée au bout de la rue du Crot, elle est appelée parfois aussi la « Maison de la Tour Rouge ». Achetée en 1926 par Mme Battachon, pour le peintre fresquiste Yves Renaudin, elle est constituée de plusieurs petites maisons que des acquisitions successives vont permettre de transformer en une seule demeure-atelier. Il s'agit de la première commande de l'Architecte Badovici à Vézelay, c'est donc grâce à ce client qu'il arrive dans le village en 1926. Les travaux principaux durent jusqu'à 1932 ; on dispose de trois croquis de la main d'Eileen Gray, et d'une abondante correspondance entre Badovici et le maçon Papillon, qui fut chargé des travaux. Il habitait d'ailleurs non loin d'ici, dans une maison voisine. Il semblerait que Renaudin, donc le client lui-même, ait supervisé les travaux. D'ailleurs ce fut aussi le cas pour la propre maison de Badovici que nous allons étudier plus loin.

Depuis l'espace public, très peu d'indices témoignent d'une rénovation selon les principes modernes : la hauteur des pans de mur fait penser à une surélévation et seule la fenêtre en long trahit une rénovation d'avant-garde. Il faut donc pénétrer dans le jardin pour bien comprendre les transformations effectuées sur le lieu par E. Gray et J. Badovici : l'enchaînement des volumes, assez remarquable, permet de lire les principes directeurs du projet : l'idée fondamentale a été de déplacer le centre de gravité de la maison vers le jardin. A l'origine, un petit bâtiment de pierre, accompagné d'une grange, succède à une série de maisons sur cave, sans doute de paysans, d'artisans, ou de vignerons. Peu à peu seront rachetées chacune de ces constructions de 1926 à 1934. Badovici lui-même, paraît-il, achète la dernière maison, encore non rénovée en 1938.

L'atelier d'artiste occupe l'angle Nord-Ouest, amplement vitré sur les deux faces. Il est prolongé d'une terrasse qui s'ouvre sur le jardin soutenue par des piliers en béton. Celle-ci a été remaniée par les propriétaires actuels, qui ont cependant conservé la rambarde en tube de métal. Le projet est à la fois une affirmation franche des grands principes modernistes : le programme de l'atelier d'artiste est recherché par les architectes de l'époque, car il permet de déployer les grandes surfaces vitrées pour obtenir la luminosité nécessaire au travail de l'artiste, une double hauteur, et articule mezzanine et escalier ouvert. Mais ici, ces avancées formelles ne sont pourtant pas provocantes, elles sont tempérées par des détails qui favorisent l'insertion dans le cadre existant : toits de tuiles plates à une pente, dont la direction est alternée, ouvertures assez également réparties.

Citons à ce propos les 5 points de l'architecture moderne. En 1927, Le Corbusier publie dans la revue L'Architecture Vivante (n° 17, 1927) – la revue dirigée par Jean Badovici - les éléments d'un «code nouveau de l'architecture» qu'il intitule «Les cinq points d'une architecture nouvelle» :

«1. Les pilotis. (...) La maison sur pilotis! La maison s'enfonçait dans le sol : locaux obscurs et souvent humides. Le ciment armé nous donne les pilotis. La maison est en l'air, loin du sol; le jardin passe sous la maison, le jardin est aussi sur la maison, sur le toit.

2. Les toits-jardins. (...) Le ciment armé est le nouveau moyen permettant la réalisation de la toiture homogène. Des raisons techniques, des raisons d'économie, des raisons de confort et des raisons sentimentales nous conduisent à adopter le toit-terrasse.

3. Le plan libre. Jusqu'ici : murs portants; partant du sous-sol, ils se superposent, constituant le rez-de-chaussée et les étages, jusqu'aux combles. Le plan est esclave des murs portants. Le béton armé dans la maison apporte le plan libre ! Les étages ne se superposent plus par cloisonnements. Ils sont libres.

Grande économie de cube bâti, emploi rigoureux de chaque centimètre. Grande économie d'argent. Rationalisme aisé du plan nouveau !

4. La fenêtre en longueur. La fenêtre est l'un des buts essentiels de la maison.

Le progrès apporte une libération. Le ciment armé fait révolution dans l'histoire de la fenêtre. Les fenêtres peuvent courir d'un bord à l'autre de la façade. La fenêtre est l'élément mécanique-type de la maison; pour tous nos hôtels particuliers, toutes nos villas, toutes nos maisons ouvrières, tous nos immeubles locatifs ...

5. La façade libre. Les poteaux en retrait des façades, à l'intérieur de la maison.

Le plancher se poursuit en porte-à-faux. Les façades ne sont plus que des membranes légères de murs isolants ou de fenêtres. La façade est libre; les fenêtres, sans être interrompues, peuvent courir d'un bord à l'autre de la façade. »

Il est intéressant de noter qu'avec ces principes, on renverse beaucoup de concepts classiques, qui présidaient à la construction des bâtiments depuis des centaines d'années. Le pilotis, donc le vide, à la place du socle plein ; la fenêtre en longueur à l'inverse des proportions verticales des fenêtres traditionnelles, la terrasse à la place du toit. Sur cette maison de Vézelay, on peut lire encore, finalement, l'ensemble de ces préceptes, accompagnés de leur remise en question...

Par exemple, on a bien un toit terrasse, au-dessus de l'atelier, qui procure une terrasse à la chambre, mais il s'insère parmi les volumes en ciseaux des autres corps de bâtiment. Est-ce dû à la prudence du client ? A l'incapacité des artisans locaux à employer les nouveaux matériaux ? A la présence d'un bâti ancien traditionnel et à un cadre villageois préservé ? A la timidité du couple de concepteurs ou à une réelle volonté de leur part de tempérer ces grands commandements modernes ?

Intérieurement, les anciens corps de bâtiment indépendants sont reliés par des percements, ou même un passage construit sur une descente de cave. De l'atelier, sur double hauteur, baigné de lumière, on peut gagner un bureau en mezzanine par un étroit escalier. C'est une maison où l'espace se dilate et se rétrécit selon la fonction des pièces. Au niveau inférieur, une chambre d'ami est créée, elle bénéficie de la lumière naturelle du fait de la déclivité du terrain. Elle a sa propre cuisine et est reliée directement au jardin par une porte de sortie indépendante. Cette chambre-studio indépendante peut être vue comme une signature d'Eileen Gray,

Des ameublements intégrés à toutes les pièces de la maison étaient prévus, dessinés, mais n'ont jamais été réalisés : lit entourés de rangements et de cloisons mobiles, écrans repliables permettant de masquer certaines communications entre les pièces au rdc...

Par la suite, la maison a été vendue par Renaudin, qui est allé finir ses jours à Saint-Père, qu'elle a ensuite été transformée en pension de famille (comptant une dizaine de chambres). Elle a donc été quelque peu transformée intérieurement. Beaucoup de menuiseries extérieures ont été changées pour des modèles en aluminium. Cependant, il reste quelques châssis d'origine, d'une grande finesse, dont celui de la chambre d'amis au sous-sol. On distingue aussi les linteaux en métal, qui rouillent et posent de gros problèmes de pérennité.

 

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