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Eileen Gray et Jean Badovici

Quelques éléments biographiques sur Eileen Gray et Jean Badovici :

Eileen Gray est née en 1878, dans une famille aisée, aristocratique, irlandaise. Elle suit l'éducation d'une jeune fille de bonne famille à l'époque et se dirige vers la peinture, puis se spécialise dans la laque à Paris auprès d'un maître japonais. Elle acquiert un appartement rue Bonaparte, qu'elle habitera toute sa vie, en face de l'école des Beaux-Arts.

Elle va connaître le succès à Paris juste avant la Première Guerre Mondiale, avec ses paravents en laque, puis se mettre à créer des meubles et des objets, des tapis, des luminaires. Elle combine alors abstraction géométriques et inspiration japonaise.

imagesEn 1922, elle ouvre sa galerie rue du Faubourg Saint-Honoré, la Galerie Jean Desert, dont Jean Badovici dessine la façade.

C'est vers cette époque, 1925, qu'elle amorce un tournant ; elle renie ses laques et objets luxueux et se tourne vers l'univers du tubulaire, du chrome et du métal, matériaux que Marcel Breuer et Charlotte Perriand travaillent également.

C'est également à ce moment qu'elle va se tourner vers l'architecture, elle a alors 45 ans.

 

Lui était roumain, de son vrai nom Badoviso, né à Bucarest le 6 janvier 1893 (de 15 ans son cadet); il est naturalisé français au début des années 30.

Il est sorti diplômé de l'Ecole Spéciale d'Architecture en 1919, après avoir également suivi une préparation aux Beaux Arts dont sont issus aussi Robert Mallet-Stevens, Adrienne Gorska.

Il partage alors une chambre d'étudiant, à l'Hôtel des Carmes, avec Christian Zervos.

Badovici travaille pour l'éditeur Albert Morancé ; c'est lui qui va faire rentrer Christian Zervos dans la maison, pour y publier les Cahiers d'Art.

Badovici, lui, dirige L'Architecture vivante, documents sur l'activité constructive, qu'il va faire vivre pendant 10 ans. Edition luxueuse, paraissant 4 fois par an, la revue soutiendra les architectes modernes, d'abord en allant chercher des exemples dans le Nord de l'Europe, puis en particulier Le Corbusier qui y commente ses réalisations et devient de plus en plus omniprésent.

En 1924, il participe à Wendingen la revue hollandaise proche du mouvement de Stijl qui consacre un numéro entier à Eileen Gray. Ils se connaissent déjà, mais leur relation va alors prendre un tournant créatif sans précédent : ils voyagent beaucoup ensemble : Allemagne, Pérou, Mexique, New-York.

Les projets de Vézelay font partie de l'apprentissage d'Eileen Gray, elle apprend aussi beaucoup avec Adrienne Gorska (qui est alors l'élève de Mallet-Stevens), aujourd'hui assez oubliée,  sœur de Tamara de Lempicka.

Voici quelques-unes de leurs influences ; à l'époque le couple est très introduit dans le milieu européen de l'architecture d'avant-garde, il voyage beaucoup et se tient au courant de ce qui se passe en Hollande, en Allemagne et ailleurs :

Les villas de Mallet-Stevens, assez proche de ce qu'ils ont voulu faire pour la maison Renaudin, un empilement de cubes, qui donne un effet de masse assez statique, que l'on peut opposer aux compositions de Le Corbusier, beaucoup plus dynamiques

L'exposition de logement du Weissenhof à Stuttgart, en 1927 ; une cité, une exposition d'architecture à ciel ouvert, où tous les grands noms vont signer une maison ou un immeuble collectif (voici la contribution de Le Corbusier)

Le mouvement De Stijl, actif aux Pays Bas, qui regroupait des architectes, des peintres, des plasticiens (Rietveld, Van Doesburg, etc) ; qui produit notamment des visions d'intérieurs colorés de couleurs primaires, toujours représentés en axonométrie, un subtil jeu de plans orthogonaux

badoviciLa scénographie « City in Space » de l'autrichien Frederick Kiesler, à l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs de Paris en 1925, constituée de lignes fuyantes, en minces sections de bois, sur lesquelles sont suspendus des panneaux colorés

Un autre pavillon remarquable et remarqué, provocant, le Pavillon de l'Esprit Nouveau de Le Corbusier et Pierre Jeanneret ; où une toile de Fernand Léger côtoie des chaises standardisées, des casiers métalliques de rangement, dans un univers puriste, ouvert, à une double hauteur, avec une mezzanine.

C'est lorsqu'ils conçoivent les maisons de Vézelay que la créativité de Gray et Badovici commence à exploser et que s'annonce la villa E1027, leur grande œuvre commune.

Comme un cadeau d'amour d'Eileen pour Jean, elle est destinée à "un homme seul, sportif, qui peut accueillir beaucoup d'amis". Un numéro spécial de l'Architecture Vivante de 1929 consacre cette villa en tant que réalisation essentielle du Mouvement Moderne. On y admire la pureté des lignes, l'extrême finesse du dessin architectural, des baies, des persiennes, du toit terrasse, de chaque meuble, qui fait l'objet de plans/coupes/détail.

Un dialogue à deux voies, « De l'éclectisme au doute », introduit l'ouvrage.

Pourquoi ce nom énigmatique? Qui claque comme un code, mais qui pourrait être aussi une immatriculation maritime pour un navire, un cargo...

Voici la solution :

E comme Eileen

« 10 » comme « J » la dixième lettre de l'alphabet

« 2 » comme « B » Badovici

et enfin « 7 » comme « G » qui correspond au nom de la deuxième personne du duo: Gray

Eileen Gray & Jean Badovici

Leur collaboration continue un peu. En 1930-31 Eileen Gray ré-aménage l'appartement de Jean Badovici, rue Chateaubriand à Paris : un espace assez réduit, un studio de célibataire, avec des rangements astucieux, en hauteur, accessibles par des échelles et des escaliers rétractables. Elle emploie ses matériaux de prédilection : métal, miroirs, surfaces pures et lisses.

« Bado » poursuit son activité avec la revue jusqu'en 1933, date à laquelle elle s'arrête, la maison d'édition cessant de la financer. C'est la crise.

Toujours à la charnière et à la défense des avant-gardes, comme un passeur, il est brillant causeur, enthousiaste, il envisage différents moyens de subsister. Il participe au Congrès International d'Architecture Moderne de 1933 (C.I.A.M.), aux côtés de Christian Zervos, Fernand Léger, André Lurçat, Le Corbusier; ce IVe congrès débouche sur la Charte d'Athènes. C'est le plus célèbre, qui prend la forme d'une croisière de Marseille à Athènes. Il va déployer beaucoup d'énergie pour organiser ces congrès, et en rendre compte.

Mais il a aussi un tempérament d'ingénieur, et développe des brevets dans des domaines surprenants : ainsi, dans le Pavillon de l'Esprit Nouveau de Le Corbusier, il présente un nouveau moyen de sauvetage, un canot de sauvetage insubmersible.

Il est mobilisé en 1939, puis reprend ses études après la débâcle. Il séjourne alors régulièrement pendant la guerre à Vézelay.

En 1945, il participe à la reconstruction de Maubeuge sous la direction d'André Lurçat, puis à la reconstruction de Solesmes. Il fait des plans d'urbanisme pour de petites villes du Nord de la France.

Il meurt à Monaco en 1956, peu de temps après le dernier CIAM qui s'est tenu à Dubrovnik.

Un hommage se tient au Musée des Arts décoratifs, un autre paraît dans l'Architecture d'Aujourd'hui. Et puis c'est l'oubli...

Eileen, elle, s'éloigne de Badovici, dans les années 30.


Ensuite, elle construit peu : une maison à Menton, « Tempe a Pailla » de 1931 à 1934, pour son usage personnel ; puis quelques projets plus sociaux correspondant à l'avènement des congés payés et du Front Populaire, dont un centre de vacances et de loisirs présenté à l'Exposition Internationale de 1937 à Paris.

Après la guerre, elle disparaît, pour ainsi dire, de la circulation, réhabilitant une dernière maison pour son usage personnel : Lou Préou, près de St-Tropez. On notera que ces projets réalisés après E1027, concernent des réhabilitations de bâtiments existants ; elle semble être à l'aise dans le bâti ancien. Faut-il y voir une réminiscence de Vézelay ?

Elle s'éteint à l'âge de 98 ans, dans son appartement parisien, ayant été redécouverte, à la fin de sa vie et célébrée pour son œuvre novatrice.

 

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