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Conférence de M. Pierre Haasé, Un architecte novateur vézelien: Alfred-Jacques Nasousky

C'est à Vézelay que l'on voit apparaître pour la première fois le nom de Nasousky. Albert arrive à Vézelay en 1792-93 en tant que prisonnier de guerre. Il est enfermé chez les Ursulines dont la maison se trouvait à la place de l'actuel monument aux mort. Cette "prison" traitait ses pensionnaires à la bonne franquette. Par groupes de 20 ou 30, ils allaient et venaient un peu à leur guise. Certains partaient, d'autres, comme Albert se sont trouvés bien à Vézelay et y sont restés. Albert affiche des sympathies pour les révolutionnaires et, de pensionnaire, il devient gardien de ses anciens co-détenus. 

 

Première génération : Albert Nasousky et Suzanne Marcelot

 

Il épouse une fille du pays, est reconnu comme résident, bien que toujours considéré comme "allemand" (il est en réalité d'Europe centrale). Ses demandes de naturalisation semblent toujours refusées mais après 1870, les Nasousky sont recensés comme français.

L'épouse d'Albert est une Suzanne Marcelot d'une famille de maçons et de couvreurs. L'acte de mariage du 29 septembre 1795 nous montre qu'Albert était illettré. On y trouve les noms de Darcy, Gudin, Gallion, Murger, etc. Noms bien connus des Vézeliens d'aujourd'hui.

Hubert Le Rond, parrain du premier fils du couple est un des révolutionnaires ayant mutilé le tympan de notre joyau. Des sept enfants du couple trois seulement survivent, une fille, Geneviève et deux garçons Hubert et André.

 

Deuxième génération : 

Hubert Nasousky et Arsène Tiphaine

André Nasousky et Jeanne Meurgé

 

La première branche, celle d'Hubert migre à Sens. Les enfants, Jacques et Edme Eugène (Viollet-le-Duc aurait-il influé sur le choix du prénom ?) sont maçons et tailleurs de pierre. Ils logent au palais synodal. 

La seconde branche, celle d'André reste à Vézelay (4, rue Henri de Vézelay).

André est maçon et cabaretier. Il a sept enfants. Les filles épousent des artisans locaux. Le fils Hubert André épouse Pierrette Lachaume.

 

Troisième génération (côté Hubert) :

Edme Eugène Nasousky et Adeline Catherine Moingeon

Jacques Nasousky et Louise Émelie Cullin

 

Quatrième génération :

Alfred Jacques Nasousky, fils de Edme Eugène, né à Vézelay en 1864

Albertine Marguerite, née à Sens en 1876

 

Alfred Jacques grandit à Sens, il est tailleur de pierre et appareilleur. Il fait ses classes auprès de son oncle Jacques et de son père Edme Eugène.

Il dessine bien. Il est recruté comme militaire en 84-86, puis réserviste, puis réformé pour "gastrite chronique rebelle".

De son premier mariage avec Marthe Antoinette Chalumeau, il a trois enfants : Joseph Louis Eugène (mort en 1891), Josèphe Marguerite (1892-1952) et Pierre René qui meurt à la guerre en avril 1916. Extinction du nom.

Alfred Jacques se dit entrepreneur de travaux publics. Il s'associe avec son oncle Jacques, Langlois de Villeuve-sur-Yonne, Victor Cullin et Pierre Auguste Baudoin, architecte. 

Sa première carrière : entrepreneur, tailleur de pierre. 

Un Nasousky (sûrement lui) est mentionné comme concourant pour l'exposition universelle de 1900 dans la section dessin d'architecture.

Il est ambitieux. Les carrières de Coutarnoux avaient été réouvertes par Viollet-le-Duc. En 1897, Alfred Jacques crée avec le carrier local Louis Renault la Société des Carrières de Coutarnoux avec une succursale à Sens. Extraction, débitage et sciage. Ils ont pignon sur rue à Paris, 61, rue de Lyon. En 1899, édition d'un livret pour fêter le premier anniversaire de la société (qui est cotée en bourse). 

Bien qu'il ait trop de travail, la trésorerie ne suit pas. Il est mis en faillite en 1906.

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Palais synodal de Sens, dessin de Nasousky


Il est sauvé par ses talents de dessinateur.

L'homme providentiel : Edouard Jules Claude Bérard, architecte, élève de Viollet-le-Duc, est connu par les "maisons Bérard". Il est intéressé par la nouveauté, le béton armé. À l'époque deux écoles s'affrontent : le béton et le fer. Lui, c'est le béton, pas cher et rapide à mettre en oeuvre.

Entre 1905 et 1911, Nasousky vit dans l'ombre de Bérard.

On peut voir des réalisations de Bérard à Migennes, Suresnes, Melun, Rungis (église ND de l'Assomption), très reconnaissables à leurs panneaux de béton préfabriqués assemblés par une tringlerie apparente. Point faible : le vieillissement, point fort : le prix.

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Une maison Bérard à Migennes


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Notre-Dame de l'Assomption à Rungis

 

Nasousky part du constat de faiblesse de Bérard et dépose ses propres brevets (on en trouve la trace aux USA, au Canada, au Luxembourg, etc.). Les éléments de ses constructions sont en aggloméré avec des clefs intérieures. Tout est moulé en série. Entre 1910 et 1938, il dépose 13 brevets.

Il édite des brochures pour le milieu de la construction et insère des publicités dans la presse professionnelle et religieuse.

Il se dote d'un "concessionnaire unique", Joseph Mège, qui obtient une partie de la reconstruction de l'Est après la guerre de 14-18.

Nasousky installe ses bureaux chez Mège à Paris, 3, rue de Surène, puis rue Cambacérès mais il vit dans une banlieue du Havre, faubourg de Graville. Il cherche des constructeurs qui s'intéressent à son système. Il s'engouffre dans la construction religieuse, les églises. Le style néo-roman, les vitraux colonnes.

60 églises lui sont attribuées, dans quatre zones principales :

Le Havre-Rouen

Nord-Pas de Calais

Est

Région parisienne

Quelques exemples :

Asnières, St Joseph des 4 Routes

Asnières, ND du Perpétuel Secours

Le Havre, ND des Neiges (1920)

Le Havre, Ste Cécile

Le Havre, ND du Bon Secours (démolie en 2010)

St Sébastien de Terville

ND de Py

Strasbourg, Chapelle des Dominicains

ND de Senelle

Angevillers (Moselle)

Argenteuil, St Ferdinand

Bourges, Ste Barbe

Calais, ND de la Consolation

St Denis, Ste Jeanne d'Arc de la Mutualité

Belfort, ND des Anges (démolie)

Pont de Riade (Doubs)

Fesche le Châtel, St Laurent

Malbuisson, St Claude

Besançon, Ste Jeanne d'Arc

Besançon, Sacré Coeur

Besançon, Saint Martin

 

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Notre-Dame du Bon Secours, Le Havre (démolition)

 

Vers 1930, le cardinal Verdier initie un mouvement de reconquête des banlieues rouges. Il fait construire des églises, ce qu'on appellera "Les chantiers du Cardinal". Mège introduit Nasousky.

1931 St Louis du Progrès à Drancy

1932 St Ferdinand d'Argenteuil

1933 Ste Jeanne de la Mutualité à St Denis

1934 ND du Perpétuel Secours à Asnières

 

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Notre-Dame du Perpétuel Secours, Asnières

 

Après les Chantiers du Cardinal, l'activité se ralentit. 

 

Nasousky a perdu sa première femme. Il épouse en 1927 Madeleine Chantrel, sa collaboratrice pour les éléments d'ornementation.

La famille Chantrel, dont un ascendant fonda les Annales Catholiques, a fait fortune grâce à son magasin de "bondieuseries" place St Sulpice. Ils ont des ateliers de moulage au Mans.

 

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Sculpture de Madeleine Chantrel

 

Le couple vit 15 ans ensemble et n'a pas d'enfant.

La fille de Nasousky, seul enfant restant, avait épousé en 1917 un officier belge en exil au Havre qui devint avocat à Bruxelles. Leur fille, Aniouta Hoornaert épouse en 1939 un iranien et meurt l'année suivante, sans enfant.

La famille s'éteint avec la mort d'Alfred Jacques en 1943. Les brevets transmis à Aniouta, puis à Madeleine Chantrel se perdent. Le système Nasousky disparaît.

Arrivent les Le Corbusier et autres, plus audacieux, plus novateurs…

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