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De brefs siècles de gloire (XIe - XIIIe siècle)

Vezelay3Lorsque l'on tente de connaître les premiers temps de l'abbaye de Vézelay, l'histoire et la légende se confondent. La seconde est abondamment relayée au fil du temps par les autorités monastiques, fières de conforter ce qui va faire la gloire de leur abbaye et justifier l'érection de l'église que l'on admire aujourd'hui : la présence en sa crypte des reliques de sainte Marie Madeleine. Grâce à cela, des foules de pèlerins accourront à Vézelay, simples manants ou princes et rois, croisés ou jacquaires, faisant de l'endroit, au XIIe s., l'un des plus importants pèlerinages de la chrétienté et le point de départ de l'un des principaux chemins vers Saint-Jacques-de-Compostelle, vocation amplement revivifiée de nos jours.

Envoi .Sous Phillipe Le Bel, voir la triste histoire d'Artaud Flotte, abbé de Vézelay et impliqué dans une histoire de sorcellerie avec Dame Prenelle du Chateau de Lantilly.Communication de Pierre Haase. Cliquer ici.

 

Les reliques

Cripte

La crypte de l'église de Vézelay, dont la partie la plus ancienne serait l'abri carolingien des reliques de Marie Madeleine (d.r.)

La présence des reliques de Marie Madeleine est attestée à Vézelay vers 1030. L'abbé Geoffroy monte alors une très habile opération de communication sensée établir les faits :  à l'instigation de Girart, le moine vézelien Badilon aurait « rapté » les reliques en Provence pour les rapporter à Vézelay. Premier témoin de la Résurrection, la sainte femme aurait en effet achevé sa vie en ermite dans le massif de la Sainte-Baume, huit siècles plus tôt.

En 1050, Marie Madeleine est reconnue par le Saint-Siège comme patronne du sanctuaire vézelien. Afin de permettre aux pèlerins d'honorer ses restes, l'abbé Artaud prolonge en 1096 l'église primitive par un chœur au goût du jour, donc roman, au-dessus d'une crypte dont la confession carolingienne aurait été conservée. Mais l'authenticité des reliques ne va pas cesser d'être contestée, réaffirmée, cautionnée par les papes et les rois, avant d'être radicalement mise en cause par « l'authentification » des reliques provençales à Saint-Maximin, en Provence (1279, puis bulle pontificale de 1295, trente ans après une « authentification »... à Vézelay).

L'essor

L'afflux des pèlerins entraîne le développement rapide de l'agglomération vézelienne, qui déborde de son enceinte. Le commerce se développe, il faut nourrir et loger des foules considérables ; partout on bâtit, en prévoyant sous les maisons de vastes salles souterraines qui permettent de rattraper la déclivité des terrains mais surtout d'héberger les foules de pèlerins. Car non seulement il y a ceux de Vézelay, mais aussi ceux qui prennent le chemin de Compostelle, sans doute depuis Asquins dont l'église est consacrée à saint Jacques, et d'où serait originaire Aimery Picaud, auteur en ce temps-là d'un guide du pèlerin encore édité aujourd'hui.

Au plus haut de la colline, à la suite d'un incendie tragique en 1120, on reconstruit la nef de l'abbatiale (1120-1140, abbatiats de Renaud de Semur et de Ponce de Montboissier), en la greffant sur le chœur de l'abbé Artaud ; rapidement, elle est prolongée vers l'ouest par l'avant-nef (narthex, v. 1145). Au sud s'étendent les bâtiments monastiques, ordonnés selon l'usage autour du cloître dont, après des sondages récents (2010-2011), des fouilles devraient révéler les vestiges.

L'apogée

StBernard

Saint Bernard prêchant la seconde croisade, par A. Neuville, gravure issue de l'Histoire de France de Guizot (d.r.).

Louis7

Louis VII prend la croix à Vézelay, enluminure de Sébastien Mamerot, 1475, Bibliothèque nationale de France (cliché BnF).

Dans le bourg, deux paroisses (Saint-Étienne et Saint-Pierre) et leurs églises rassemblent les habitants tandis que moines et pèlerins cohabitent dans l'abbatiale. Les événements prestigieux se succèdent : en 1146, à la demande du pape, saint Bernard prêche le départ de la seconde croisade au flanc nord de la colline.

Vingt ans plus tard, sous les voûtes de l'abbatiale, Thomas Becket, primat d'Angleterre et légat pontifical, lance, lors de son prêche, la menace d'excommunication de son roi, Henri II Plantagenêt. En 1190, Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste se retrouvent à Vézelay pour partir à la troisième croisade ; ils peuvent admirer le chœur gothique encore récent (v. 1165) par lequel on a volontairement remplacé le vieux chœur d'Artaud après avoir remanié la crypte. Alors même que s'annonce la décadence, Saint-Louis vient plusieurs fois en pèlerin à Vézelay (1244, 1248, 1267, 1270).

Des querelles incessantes

L'un des plus grands paradoxes de l'histoire de Vézelay est sans doute que les temps de gloire y sont aussi ceux de conflits perpétuels.

Initiée dès l'abbatiat de Geoffroy et avec le rôle essentiel du grand Guillaume de Volpiano, perpétuée avec l'abbé Artaud, la mainmise de l'empire clunisien sur Vézelay rencontrera toujours la résistance locale (l'architecture de l'abbatiale échappe d'ailleurs radicalement au modèle clunisien) ; officialisée en 1103, la dépendance à l'égard de Cluny sera levée par une bulle pontificale en 1162.

Ces relations difficiles avec l'illustre abbaye du Sud de la Bourgogne sont un enjeu dans d'autres luttes : celles qui opposent sans cesse les comtes de Nevers ou les évêques d'Autun aux abbés (dès 1027, puis en 1098, 1140, etc.) dont ils jalousent puissance et richesse, admettant mal de ne pas avoir leur part du gâteau vézelien...

Pour financer la construction de l'abbatiale et participer aux travaux, les moines pressurent la population dont les pouvoirs locaux veulent se faire une alliée ; celle-ci se révolte fréquemment. En 1106, le peuple assassine l'abbé Artaud dans l'église ; en 1152, Vézelay est l'une des premières communes à arracher des libertés communales, retirées dès 1155 par le roi Louis VII ; en 1167, les moines en garantissent de nouvelles par une charte, ce qui n'empêchera pas d'autres soulèvements, comme en 1250.

Mais alors sonne déjà l'heure du déclin, même si l'on embellit encore l'abbatiale en modifiant la façade et la tour Saint-Michel par un habillage gothique (1260).

Une empreinte de paix

ChapelleCorelle

La chapelle de la Cordelle aujourd'hui (Cliché diocèse Sens-Auxerre).

À l'écart du grouillement des foules bigarrées qui mêlent sur la colline habitants, clercs, pèlerins, soldats en un mouvement perpétuel, deux hommes arrivent d'Assise en 1217 et s'installent auprès de la chapelle Sainte-Croix (ou Saint-Fiacre), là même où Bernard avait prêché la croisade. L'un d'eux se nomme frère Pacifique...

Missionnés par François, ils fondent ici la première implantation franciscaine de France, soutenus par les sires de Chastellux dont le château s'élève toujours non loin de Vézelay. Dans un lieu qui prendra le nom de la Cordelle et respire toujours la plus grande paix, ils marquent à jamais Vézelay de l'empreinte franciscaine : leurs frères y demeureront jusqu'à la Révolution, puis s'y réinstalleront, toujours grâce à la famille de Chastellux, en 1949.

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Au calendrier

Conférence de Philippe Beyney
Vézelay et Saint-père : deux façades, deux véritables vitrines d'une même abbaye au XIIIe siècle. Lieu : Salle des fêtes de...
Conférence de Jean-Baptiste Auberger
La Cordelle et Vézelay Lieu : Couvent de la Cordelle de Vézelay
Assemblée générale de l'Association
Lieu : salle des fêtes de Saint-Père
Visite des forges de Buffon
En collaboration avec L'association-Fondation Christian et Yvonne Zervos et avec une conférence de Luc-Régis Gilbert

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