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Les Amis de Vézelay - Programmes de l'association

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Lecture de Sara Saragoni à Saint-Père, le 17 septembre

Ce 17 septembre, malgré un temps maussade, une soixantaine de personnes se sont déplacées pour venir écouter la chaude voix de Sara. Voici un extrait de son texte "La Gracieuse" dont vous pouvez acquérir l'intégralité sur demande. C'est un magnifique petit livre qui ravira tous les amoureux de l'église de Saint-Père.

"... ils ont vu là-haut les anges sonner le rappel, les longs cônes de leurs trompes abaissés vers

nous. D’en bas ils semblent inoffensifs, légers, le dos à peine agrafé à l’arête de la tour, prêts à

s’envoler. Ce sont des anges n’est-ce-pas ? Mais la voix des anges peut-être terrible. Ne pas

l’oublier. Elle peut crier à nous faire peur, et s’ils se tiennent là-haut à distance des humains,

c’est comme le chien de berger faisant de larges cercles autour du troupeau et donnant de la

voix, prêt à mordre s’il le faut pour ramener les égarés. Qui a voulu telle l’écriture de ce

clocher ? Qui a décidé de les positionner là-haut, ces anges, à cette distance qui protège nos

oreilles de la grande clameur ? L’architecte du lieu était-il seul ? Ou bien étaient-ils trois ou

quatre, savants des choses de la pierre, de l’assise des blocs et de leurs fermes épousailles. Un

jour ils se sont concertés, debout, à l’emplacement même où tu n’existais pas encore, ils ont

tenu leurs têtes proches, les yeux à terre, ébauchant le projet en grattant le sol avec un bâton,

on ferait mieux ensuite, plus précis, on dessinerait avec le compas et la règle, mais là, dans ce

premier moment, ils se parlaient, leurs voix avaient des accents de décision lente...

... puis levant les yeux vers le ciel encore vide de ta flamme, l’imaginant, ils ont convenu de ce

qui serait fait pour que les hommes n’oublient pas."

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Conférence du 6 août 2016 - Christian Limousin

 

 

 

C'est à la Fondation Christian et Yvonne Zervos de la Goulotte, devant un auditoire fourni et attentif que Christian Limousin nous a gratifiés de cette conférence sur :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Part maudite de Georges Bataille

 

Georges Bataille (1897-1962) termina La Part maudite à Vézelay. Le livre parut en février 1949, sans aucun succès car à contre-courant de l’époque. Il présentait cependant pour la 1ère fois un exposé clair et systématique de la pensée de son auteur.

Pour mieux comprendre cet ouvrage, il faut remonter au milieu des années 20, lorsque le futur ethnologue Alfred Métraux expliquait à son ami Bataille les cours du sociologue Marcel Mauss, en particulier la notion de potlatch développée dans l’ « Essai sur le don ». Le terme amérindien de potlatch est utilisé par Mauss pour désigner « la destruction purement somptuaire des richesses accumulées pour éclipser le chef rival en même temps qu’associé ».

Bataille se saisit du potlatch mais le détourne du registre du don (et du contre-don, c’est-à-dire de l’obligation de réciprocité) pour le penser uniquement dans celui de la dépense pure, improductive, souveraine : qu’est-ce qu’un potlatch qui ne serait pas rendu ?

Bataille mit dix-huit ans pour écrire La Part maudite, rédigeant entre temps des textes qui sont autant de jalons : « La notion de dépense » (1933), « La limite de l’utile » (1939-1943), « L’économie à la mesure de l’univers » (1946), etc.

La Part maudite est un livre solidement architecturé. Aux considérations préliminaires sur « l’économie générale » (qui prend en compte la dépense, contrairement à « l’économie restreinte ») succèdent des chapitres historiques analysant ce que font les sociétés de leur excédent de richesse (c’est cet excédent que Bataille apppelle « part maudite »). Cela va du sacrifice aztèque au plan Marshall en passant par l’Islam (« la société conquérante »), les origines du capitalisme et l’industrialisation soviétique. La vision qui se dégage de tout cela, c’est que la nature est prodigieusement dépensière (à l’image du soleil « qui donne sans jamais recevoir ») et que l’homme est, de tous les êtres vivants, « le plus apte  à consumer intensément, luxueusement, l’excédent d’énergie. »

 

La seconde partie de la conférence présentait l’ouvrage (co-dirigé par Christian Limousin et Jacques Poirier) paru l’automne dernier aux éditions Garnier : La Part maudite de Georges Bataille / La dépense et l’excès. Vingt et un collaborateurs du monde entier (littéraires, philosophes, économistes, psychanalyste, etc) se proposaient de revenir sur la longue genèse de l’œuvre et sur sa réception tardive, sur les principaux aspects de la pensée « économique » de Bataille, sur les liens entre La Part maudite et les livres « mystiques » de son auteur (L’Expérience intérieure, Le Coupable), etc. Enfin, il ne s’agit pas seulement de lire Bataille mais de penser le monde contemporain avec lui, grâce à lui : quelle est l’actualité de La Part maudite dans les domaines particulièrement sensibles de l’économie, de la politique et de l’écologie ?

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