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Vidiliacus, aux origines d'un grand monastère par Philippe Beyney

Conférence du samedi 23 juillet 17h : « Aux origines d’un grand monastère : Vidiliacus ».

Au cours de mes recherches universitaires sur le site de St-Père sous l'égide de Pierre Nouvel, Christian Sapin et Fabrice Henrion, j'ai surtout fait un constat : le monastère de Vézelay, Patrimoine mondial de l'Unesco, n'a pas été implanté par hasard sur un relief escarpé au-dessus de la vallée de la Cure. Quand on se penche sur le passé antérieur à la fondtion carolingienne, on découvre la grandeur du Vézelien à tous les sens du terme, richesses de tous ordres qu'ils soient patrimoniaux, agricoles ou archéologiques, mystère et mysticisme renforcés par la colline éternelle mais aussi par des eaux divinisées, celles des Fontaines Salées, s'intégrant parfaitement dans les recherches actuelles sur les sanctuaires de sources du nord-est de la France. 

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Vue aérienne des Fontaines Salées de Saint-Père sous Vézelay

La conférence s’efforça donc de montrer la concordance et la continuité de cette « grandeur » du Vézelien en parcourant les époques charnières de ce site : le Néolithique, la période gallo-romaine, la transition mérovingienne et la fondation carolingienne pour terminer sur l’avenir et la richesse potentielle des découvertes archéologiques du Vézelien.

A la fin du Néolithique le site des FS possède 19 puits d’eau plus ou moins chlorurée-sodique datés par 14C et dendrochronologie et pour 16 d’entre eux sur une période de 71 ans entre 2309 et 2238 avant J.C. : c’est unique en Europe et même s’il y a de nombreux autres sites d’eaux salées ailleurs, celui des Fontaines Salées est le seul à posséder 19 puits, ce qui conduit les spécialistes à s’interroger sur leur fonction à cette époque reculée.

 

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A l’époque gallo-romaine chacun peut constater le luxe et la rigueur architecturale des bains installés sur ce site antique aussi nous attarderons-nous plus particulièrement sur les villae gallo-romaines de la vallée de la Cure et plus particulièrement sur celle du site de Saint-Père appelé Vidiliacus, autrement dit Vézelay dès 590 à l’époque mérovingienne comme l’atteste la donation de l’évêque d’Auxerre à St-Germain. La villa de Saint-Père, outre sa dimension de 12.5 hectares, avec ses enduits roses et bleus, sa tête de femme du Ier siècle et ses deux pièces chauffées par hypocauste, confirme qu’elle est de statut supérieur. La particularité de son évolution vers un habitat groupé mérovingien est une rétraction-translation de cet habitat sur sa partie résidentielle.

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A l’époque mérovingienne, les sarcophages datés par le CEM d’Auxerre du VIIe siècle ainsi que le mobilier attestent la continuité d’occupation entre les débuts de notre ère et la fondation carolingienne.

En 858 deux personnes de haut lignage, Girart comte de Vienne et sa femme Berthe, fondent au nord de leur province le monastère de moniales de Saint-Père-Vidiliacus. Détruit dans le dernier tiers du IXe siècle il sera, avec son nom, « rehaussé » sur la colline comme l’ont prouvé les fouilles du CEM d’Auxerre. Berthe et Girart inspireront la légende de la geste Girart de Roussillon.

 

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Girart comte de Vienne et sa femme Berthe, modèles historiques du Girart de Roussillon de la chanson de geste - Enluminure, BM d'Auxerre Manuscrit 227

 

Le Vézelien est bel et bien un lieu de mémoire ancestrale, il reste sur ce site beaucoup à découvrir et la douzaine de questions qui ont suivi cette présentation prouve l’intérêt de tous pour le passé comme pour l’avenir de ce site.

Philippe BEYNEY.